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TROUBLE MAKER HAS SOME NEW FOR YOU




 

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cold dark earth (#naka) ☆  Lun 5 Sep - 23:54

cold dark earth
naru & kali (#naka)

 
When my time comes around, lay me gently in the cold dark earth, no grave can hold my body down. ✻✻✻ (music + outfit) Les volutes de fumée m’empêchent de voir le ciel. J’me mets en retrait, quitte le groupe, les laisse avec leurs pensées tandis que j’essaye d’apprivoiser les miennes. Ils sont tous là, regroupés autour du trou, endeuillés, l’âme encrassée et esseulée. J’me décale sur le côté pour ne pas laisser leurs mauvaises ondes m’atteindre, pour ne pas être plus touchée que j’le suis déjà. Délibérément, je laisse mes yeux vagabonder ailleurs, de l’autre côté. Ils s’acharnent à graver dans mon esprit un paysage qui me déplait : le ciel est gris, peu sont ceux qui parlent, personne ne rit. Y’a pas d’échappatoire, partout où je regarde c’est la misère qui traine.

Putain, j’ai pas signé pour ça.

Grande inspiration, si je fais le ménage dans ma tête ça ira mieux. Si je déloge les souvenirs. J’en ai assez peu, avec elle, la voisine, mais j’en ai quand même. J’suis surtout là par respect, j’suis là parce qu’une fois elle avait bien capté que j’avais la dalle, que la famille était en dèche grave, elle avait bien vu ce que j’voulais pas avouer et m’avait payé un repas, on avait parlé un peu. Elle avait pas l’air d’aller très bien, j’étais incapable de mettre des mots sur ses maux mais c’était quelque chose qu’on pouvait sentir rien qu’en étant autour d’elle, quelque chose qui prenait aux tripes, qui faisait réfléchir et qui donnait envie de tendre la main mais à l’époque, je savais pas comment on faisait.

Tiens, c’est vrai ça, comment on fait pour aider les gens ?

Quelqu’un d’autre se détache du groupe, loin de moi, loin des autres, loin du monde. Je contemple sa silhouette un instant, j’pourrais la reconnaître entre mille même si on a perdu contact depuis longtemps déjà. On a grandi ici, tous les deux, dans le rien et la difficulté, on s’est élevés comme on a pu et j’crois qu’on a plutôt bien réussi, même si parfois j’ai aussi mes doutes. Il doit être effondré, lui, malgré la distance et le temps qui nous sépare je le sais, il doit être salement effondré. Je l’ai regardé quand on descendait le cercueil, il était juste en face de moi, je lançais des coups d’oeil inquiets à cet ami d’enfance que j’suis jamais réellement parvenue à oublier. Gamins, on trainait ensemble, pendant un temps on a même été inséparables, puis il a coupé les ponts et même si sur le moment je lui en ai voulu, j’me suis répété que j’en avais pas le droit parce que la vie c’est comme ça : les gens partent…

Et reviennent ?

Inconsciemment mes pieds me mènent à lui, ils piétinent la terre meuble sans bruit jusqu’à être à côté des siens. Je fixe nos deux ombres pendant un temps, côté à côté, découpées avec barbarie sur un sol muet. Comment tu te sens ? C’est trop con comme question, j’peux pas lui demander ça. Est-ce que tu savais ? Qu’elle allait mal à ce point-là, au point de mourir, qu’elle allait pas. Qu’est-ce que je peux faire pour t’aider ? Oh Kali, tais-toi. Ereintée, à court d’idées, je me contente de garder le silence pendant un temps, les secondes s’égrènent sans un son. Là-bas, à l’endroit qu’on vient de quitter, y’a des pleurs qui résonnent et moi j’ai une boule dans la gorge. Alors lentement, je laisse ma tête aller reposer sur son épaule, ferme les yeux ; c’est le seul geste que j’ai pour toi,

Pour que tu t’effondres pas.

✻✻✻
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Re: cold dark earth (#naka) ☆  Mar 6 Sep - 1:10

cold dark earth
naru & kali (#naka)

 
When my time comes around, lay me gently in the cold dark earth, no grave can hold my body down. ✻✻✻ (music + outfit) C’est qui ? C’est qui, tous ces gens ? C’est qui ces mec ? Pourquoi c’est la première fois que j’les vois, eux et leurs mots doux, eux et leurs regards tristes ? Ils étaient qui pour elle ? Ils étaient où quand elle était en train d’crever ? Pourquoi ils étaient pas là hein ? Pourquoi ils étaient pas là pour sécher ses larmes, pour essayer de faire renaître ses rires ?

ILS ETAIENT OU PUTAIN ILS ETAIENT OU QUAND ELLE ETAIT EN TRAIN D'SE DETRUIRE ?
(Pourquoi ils m’ont laissé seul à essayer de faire disparaître ses maux ?)

J’dis rien mais j’serre les poings. J’serre les poings pour éviter de l’abattre sur leur tête. J’veux faire disparaître leurs figures noyées, j’veux frapper jusqu’à plus rien ressentir. Mais j’peux pas, j’peux pas, parce qu’elle le voudrait pas, Joo. Et pour elle j’pourrai tout faire. Pour elle j’pourrai même rester là sans rien dire, pendant l’éloge funèbre. Rester sans rien dire même quand cette femme prend la parole, mère endeuillée regrettant le départ prématuré de la chair de sa chair. Mère endeuillée qu’a foutu son gosse à la rue parce qu’elle-même attendait un gamin. Mère endeuillée, mère hypocrite, raclure, enflure et tous ces mots en –ure. J’ferme les yeux, j’imagine son visage, j’visualise sa main se refermer sur la mienne, son sourire doux. Apaisant. Mais ça m’apaise pas. Ça m’apaise pas parce qu’elle est plus là, parce que c’est pas la même chose. (Pourquoi t’es pas là quand j’ai besoin de toi ?)

J’rouvre les yeux, j’darde mon regard noir à la ronde. Y en a d’autre, des gens, qui m’observent, comme si j’étais satan, comme si j’avais pas ma place ici. Ils croient vraiment que j’les entends pas, leurs messes basses ? Mais ils sont qui pour dire ça ? Y a personne qu’a plus sa place ici qu’moi. Y a personne qui méritait plus d’rester avec elle qu’moi. Y a personne qui la méritait elle plus qu’moi. Et j’les déteste, tous, d’croire le contraire. J’les déteste d’vouloir effacer nos histoires, nos heures passées ensembles, nos nuits blanches à r’faire le monde, comme des enfants. J’les déteste d’balayer ma vie entière comme si j’étais rien d’plus que d’la poussière.

J’les déteste putain j’les déteste.
Mais la personne que j’déteste le plus, c’est moi.

J’me déteste d’être aussi lâche putain, j’me déteste d’être aussi moi. J’me déteste d’avoir fait c’que j’ai fait, d’avoir détourné le regard quand Daehyun m’a emmenée la voir – d’les avoir laissé fermer le cercueil sans rien dire. J’aurais voulu gueuler, les empêcher, mais j’ai rien fait. Ils l’ont emprisonné et moi j’ai même pas pu voir son visage une dernière fois. J’voulais pas voir sa peau pâle, sa peau morte, j’voulais pas garder ce souvenir d’elle. Mais maintenant j’sais plus, j’sais plus c’que j’veux. J’veux rien. J’veux juste elle.

J’inspire, j’expire, comme elle me l’a appris, maman. J’inspire, j’expire, mais ça m’fait pas du bien. Ça m’fait pas autant de bien que cette tête qui se pose sur mon épaule. J’ai pas besoin d’regarder, j’sais déjà qui c’est. Kali, ma Kali. Kali promesses de jours meilleurs. Kali qui voulait m’donner la lune – et en retour j’lui ai donné qu’ma merde. Elle dit rien, elle parle pas, et j’la remercie. Parce qu’y a pas besoin d’mots, parce que j’préfère le silence. Lentement j’entremêle mes doigts aux siens. Pour pas couler, pour pas m’noyer, pour pas crever.

Et puis d’un coup y a cette voix qui retentit, cette voix qui vient tout gâcher. Reproches à demi-mots. Honteux, scandaleux, ils veulent pas voir ça, ils veulent pas d’nous. On a rien à faire là ; mais c’sont eux qu’ont rien à foutre ici. J’serre plus fort la main d’Kali et j’la supplie. Retiens-moi, retiens-moi, sinon j’vais les buter.

J’inspire, j’expire. Et j’ferme les yeux, à nouveau. J’veux pas voir ce monde. J’veux pas voir ce monde sans elle. (J’veux pas vivre dans ce monde sans elle.)

✻✻✻
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Re: cold dark earth (#naka) ☆  Mar 6 Sep - 15:51

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When my time comes around, lay me gently in the cold dark earth, no grave can hold my body down. ✻✻✻ Il a les yeux dans le vide, nos pupilles se noient dans l’attente. On voudrait que ça aille mieux, ses doigts supplient les miens de les ancrer dans un monde meilleur, mais j’ai la sensation de ne rien avoir à lui offrir. Tout ce qu’on a pour tenir le coup, c’est notre solitude, on est dans un cocon de malheur mais au moins on y est que tous les deux. Puis soudain, même ça, ça s’en va : les fauteurs de trouble arrivent, leur présence se rajoute à la nôtre. Je me détourne pour tomber sur le visage d’une femme, j’la reconnais vaguement, je l’ai déjà croisée dans ce maudit quartier que j’ai parfois tant envie de raser. J’ai volé son portefeuille, une fois. Elle le méritait peut-être pas, mais moi j’ai jamais fait grande différence, c’est une maladie chez moi, une maladie et une nécessité.

Elle nous lance des mots épineux à la figure, elle a l’air de se croire en bonne posture, elle s’auto persuade à voix haute qu’elle a fait tout ce qui était en son pouvoir pour enrayer la descente aux Enfers. Je crois que si elle en veut autant à Naru, c’est parce qu’il a été à la hauteur et pas elle, elle culpabilise, c’est sa conscience qui la menace trop de l’empêcher de dormir la nuit alors son mécanisme de défense, c’est de nous détruire le jour où on est les plus faibles. A mes côtés, Naru se tend, je devine qu’il est sur le point de craquer mais il se retient pour une raison qui m’échappe. La presque étrangère continue, ses paroles deviennent de plus en plus futiles, quand elle se met à parler des vêtements de Naru qu’elle trouve inappropriés j’peux pas m’empêcher de laisser passer un rire face au ridicule dont elle fait preuve. « Ça va, c’est bon, c’est terminé. » Ma voix est presque rassurante, du passif agressif comme on en fait peu de nos jours mêlé à un peu de pitié et de compassion. Ce que j’ai dans la tête, c’est : ça va, casse-toi, on a compris. Mais forcément, je le dis autrement, j’suis celle qui essaye de ne pas rajouter de l’huile sur le feu.

Elle me juge un instant du regard, je garde la tête haute et je me refuse à baisser les yeux. Alors elle tourne les talons, j’arrive pas à déterminer si elle est frustrée ou bien délivrée d’un poids. Un coup d’oeil à Naru m’apprend que détresse et rage se mêlent dans un coktail détonnant qui pourrait bien exploser bientôt. « Viens, » que je lui dis doucement, en reprenant sa main, en lui prêtant mon épaule pour qu’il s’y appuie, même si je suis plus petite que lui, « on a plus rien à faire ici ». On se met à marcher dans le cimetière, le trajet promet d’être un peu long parce qu’on est pas partis du côté le plus court ; j’ai fais ça pour éviter les autres, leurs pleurs et leurs regrets. Les tombes s’enchainent, on devine la date de la mort en fonction de la taille de l’amas de fleurs qui s’y trouvent : certaines sont de véritables jardins miniatures, d’autres sont déjà oubliées depuis longtemps, pots vides et renversés, pierre fissurée. On avance en silence pendant un temps sous le ciel plombé, j’allume une seconde cigarette et respire le poison qui est devenu mon parfum au fil du temps. « Pourquoi tu l’aimais ? » Parle moi d’elle, décompose tes souvenirs, raconte moi ses habitudes et son sourire, expose les nuances de sa voix et de son regard.

Il parait que parler, ça aide à ne pas mourir.

✻✻✻
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Re: cold dark earth (#naka) ☆  Mar 6 Sep - 20:16

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When my time comes around, lay me gently in the cold dark earth, no grave can hold my body down. ✻✻✻ J’veux pas m’effondrer, pas encore une fois, pas devant elle. Y a que Sana qu’a le droit d’voir mes faiblesses, y a que Sana qu’a le droit d’entendre mes pleurs, d’essuyer mes larmes. Pourtant j’y arrive pas, j’y arrive plus. Y a ce sanglot qui s’coince dans ma gorge, et j’étouffe. J’ai l’impression d’crever. J’entends plus rien ; j’écoute plus rien à part le bruit de ma respiration, si difficile. J’perçois à peine la voix de Kali, qui claque dans le silence chargé de souffrances, ce silence déjà malmené par les gémissements. C’est normal non ? C’est c’qu’il faut faire non ? On est dans un cimetière après tout. C’est pour ça qu’ils pleurent tous, c’est pour ça qu’ils sont là, tous ? Le malheur attire la foule – maman me l’a toujours dit. J’rouvre les yeux, j’les fixe sur ces gens – et y a plus rien qui peut masquer mon mépris. Y a plus rien qui peut masquer ma haine. Tels des vautours, ils s’pressent autour de la famille endeuillée, effaçant d’une simple parole attristée les longues années passées à ignorer la souffrance sous les mots, les blessures sous les sourires, les cicatrices sous les tissus. Peau diaphane marquée par la douleur, sculptée par les assauts désespérée de l’arme tranchante. Y avait plus rien qui pouvait la sauver,  y  avait plus rien qui pouvait l’aider – mais y avait même personne qui voulait essayer.

J’avance, aux côtés de Kali. J’respire mal, j’sens ma poitrine qui tressaute par à coup, mon cœur qui s’serre dans ma poitrine. J’ai le regard qui survole les tombes, les larmes qui perlent au coin des yeux. Mais j’veux pas, j’veux pas pleurer. J’veux pas, j’veux pas être faible. J’le sais que j’pourrais – que j’peux m’laisser aller devant Kali.

Mais j’y arrive pas.

Elle est forte Kali, elle peut survivre à tout Kali. Mais pas à ça. Ils sont trop violents, mes maux, elle est trop brutale, ma colère. (Et si tu savais tout c’qui se passe dans ma tête, Kali, est-ce que tu partirais toi aussi ?) J’inspire, j’expire. J’veux pas répondre à sa question ; elle me troue le cœur sa question, me déchire l’âme. J’veux pas répondre, j’veux me draper dans le silence, disparaître dans les non-dits, m’enterrer là, entre les tombes, plus jamais en ressortir. Pourtant ils s’échappent tous seuls, ces quelques mots « pour son sourire ». J’serre les lèvres, j’détourne le regard. J’regrette immédiatement ; pourtant j’respire mieux. Un peu plus. J’ai l’impression qu’ça m’décoince la gorge. Et j’parviens plus à m’arrêter, j’ai plus envie de m’arrêter. « C’est la première chose que j’ai vu d’elle. Elle avait pleuré, ça s’voyait, y avait encore les traces sur son visage. Et pourtant elle a souri et y a tout qu’a disparu. Il était un peu détruit son sourire, un peu bancal, mais il était… il était heureux. Il était elle. » Et j’aurais pu tuer pour son sourire – et j’pourrais encore tuer pour le revoir une dernière fois, son sourire. Et pas sur les photos. C’est pas pareil sur les photos. C’est pas elle sur les images, c’est juste une reproduction, sans substance, sans saveur. Moi j’les veux pas ces clichés, moi j’veux elle, juste elle. (T’es où ? Pourquoi t’es partie ? Pourquoi t’es plus là, avec moi ? Tu m’manques. A en crever.) Elles reviennent, les larmes. Elles sont jamais vraiment parties, les larmes. « Elle m’a toujours entraînée avec elle. Toujours. Dans les éclats de rire, dans les pleurs, dans les sorties shopping. Partout, tout le temps. Alors pourquoi… » Ils s’coincent dans ma gorge, les mots, ils veulent tous sortir les mots, ils se bloquent par leur impatience. Ils sont en train d’me tuer, les mots. J'tends les doigts, j'attrape sa cigarette, inspire longuement. « Pourquoi elle m’a pas emmené avec elle dans la tombe ? » C’est dans un souffle chargé de fumée que j'expulse tout, (enfin), que j’fais exploser le bouchon – mais cette fois, ça m’aide pas. Ça fait que rendre tout plus réel, plus tangible, plus douloureux

Il paraît que parler ça aide à ne pas mourir.
(Moi j’pense surtout que parler ça fait qu’nous détruire.)

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Re: cold dark earth (#naka) ☆  Mer 7 Sep - 21:28

cold dark earth
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When my time comes around, lay me gently in the cold dark earth, no grave can hold my body down. ✻✻✻ « Pour son sourire. » Hochement de tête compatissant, encourageant. J’voudrais qu’il aille mieux, qu’il continue à me parler, si on perd ce contact j’ai peur qu’il ait du mal à le retrouver, que ce soit avec moi ou avec quelqu’un d’autre. Comment on fait, pour prononcer de nouveau les mots, une fois qu’on a perdu l’habitude de donner forme à nos pensées ? J’en connais, des gens qui encaissent sans rien dire, qui gardent tellement tout pour eux qu’il restent démunis deux fois plus longtemps que les autres. Comme mon père. Jamais une plainte sur son travail épuisant mais mal payé, jamais un gémissement sur l’absence soudaine de cette femme dont il était fou amoureux mais qui s’est tirée comme une lâche pour fuir leur vie, la vie à deux.

Heureusement Naru continue, bribe après bribe, tout doucement : « C’est la première chose que j’ai vu d’elle. Elle avait pleuré, ça s’voyait, y avait encore les traces sur son visage. Et pourtant elle a souri et y a tout qu’a disparu. Il était un peu détruit son sourire, un peu bancal, mais il était… il était heureux. Il était elle. » Comment on peut avoir un sourire heureux et mourir quand même ? Je m’interroge, les yeux rivés sur les pavés, sans oser interrompre le courant des pensées de Naru. Il a d’autres choses à dire, j’en suis certaine, il en a pas terminé mais ça prend du temps, de rassembler les morceaux de soi comme ça. « Elle m’a toujours entraîné avec elle. Toujours. Dans les éclats de rire, dans les pleurs, dans les sorties shopping. Partout, tout le temps. Alors pourquoi… » Je relève les yeux vers lui, des yeux suppliants cette fois. Parce que j’ai entendu sa voix trembler, j’ai entendu les sanglots bloquer sa gorge, j’ai senti les courants d’eau salée rêver de se déverser de ses yeux. Pleure pas, Naru, j’t’en supplie, si tu fais ça j’vais m’effondrer aussi. J’serais pas capable, de te voir pleurer, j’pourrais pas le supporter, c’est un spectacle trop horrible pour moi.

« Pourquoi… » Pourquoi quoi ? Une bouffée nocive plus tard, il expire et révèle : « Pourquoi elle m’a pas emmené avec elle dans la tombe ? » Cette fois-ci c’est ma respiration qui meurt, mes yeux dans le vague qui cherchent un point d’ancrage auquel s’accrocher. « Dis pas ça… » Tu te rends pas compte de ce que tu dis, et tu te rends pas compte de l’effet que ça me fait. « Naru, s’il te plait, dis pas ça… » Mais mes supplications sont vaines, parce que lui il se décompose. Ses épaules semblent attirées vers le bas, elles s’affaissent tandis qu’il se met à pleurer, et moi c’est vers lui que je semble attirée. L’une de mes mains s’enroule autour de son poignet, celui qui tient toujours la cigarette, pour l’éloigner de nous et qu’on risque pas de se bruler ; l’autre se glisse dans son dos et d’une pression, je l’attire contre moi. J’pourrais lui dire que ça va aller, mais ce serait lui mentir. J’pourrais prétendre qu’un jour, penser à elle sera devenu totalement indolore, mais ce serait pas la vérité non plus. Le temps, ça aide mais ça fait pas tout, ça minimise les dégâts mais ça laisse des traces.

Alors à la place, je lui dis ce qu’il y a de plus réconfortant à mes yeux : « J’suis là. Et Darren, et Nancy, même si elles sont plus jeunes, elles sont là aussi. » Ma famille est la pour toi, même si c’est pas la tienne, et puis… « Et puis y’a ta fratrie. Tu crois qu’ils vont te laisser tomber ? Et Dae Hyun, tu crois qu’il va te laisser ? » On est soudés, dans ce sale quartier, on a enfin un truc que les riches n’ont pas, ou alors dans une moindre mesure : la solidarité. Peut-être que pendant un temps, on a été des gamins fauchés, ça je l’ai suffisamment entendu dans notre entourage, mais on a jamais versé dans la solitude, jamais. « Et puis y’a moi, » que je répète une seconde fois, de ma voix éraillée et bousillée par l’illégal, « moi j’suis là. » Avec mes horaires pas possibles et ma bagnole que j’aime tellement que je l’ai nommée, avec mon métier dont je tais tout et mes drogues en trop grande quantité, avec mon envie de pas te laisser couler et puis surtout, surtout, avec mes doigts crispés tout contre ton dos.

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Re: cold dark earth (#naka) ☆  Jeu 8 Sep - 14:19

cold dark earth
naru & kali (#naka)

 
When my time comes around, lay me gently in the cold dark earth, no grave can hold my body down. ✻✻✻ J’ai jamais aimé les câlins, les embrassades, les caresses. J’ai jamais été fan des marques d’affection ; j’ai jamais su comment m’y prendre avec les gens, j’ai jamais su comment témoigner mon affection, j’ai jamais été doué avec les preuves d’amour. Mais avec Kali, c’est différent. Avec Kali, c’est toujours différent. Quand elle passe ses bras autour de moi, j’sais qu’elle le fait pour m’aider, pour m’empêcher d’m’effondrer. J’sais qu’elle le fait pour que si j’puisse m’effondrer sur elle. Un appui pour me maintenir dans la réalité, un appui pour me maintenir en vie. Et j’la remercie sans un mot, j’la remercie avec mon âme et j’sais qu’elle va l’entendre.

Quand elle parle, j’ferme les yeux. J’bouge pas, j’écoute, c’est tout. Ça fait mal, les mots, j’savais pas que ça pouvait faire aussi mal (j’pensais que y avait qu’les siens à elle, qu’étaient capables de me fracasser le cœur). « Et puis y’a moi, moi j’suis là. » J’pose ma main libre sur son dos, avec hésitation, un petit tremblement, alors que j’glisse mes doigts le long de ses omoplates pour venir les perdre dans ses cheveux. « C’est dur. » C’est dur de continuer d’exister, quand on a perdu sa raison de vivre. C’est dur de continuer à exister, quand elle est partie, la seule personne capable de nous détruire autant que de nous sauver. Bien sûr il reste Sana et ses regards-amours, ses regards-tristesses cachés derrière les barreaux. Bien sûr il reste Kali et ses sourires inquiets, ses gestes maternels, sous couverts de cette solidarité si familière. Mais c’est pas pareil, c’est différent. J’aurais pu crever pour Joo ; elles, elles me demandent de vivre pour elles, elles me demandent de vivre sans elle – et c’est encore plus douloureux. (Comment tu peux me demander ça, Kali, comment tu peux ?)

J’resserre un peu plus fort mon bras autour d’elle, j’laisse mes larmes couler dans ses cheveux, se perdre entre les mèches. J’veux pas qu’elle les voit, ces gouttes salées, j’veux plus qu’elle les voit. C’était suffisamment douloureux, de les montrer à Sana, j’veux pas infliger ça à Kali aussi, j’ai pas l’droit, elle mérite pas ça. Mais j’suis incapable de lui donner c’qu’elle mérite – comme de faire disparaître mes pleurs. J’suis pas un mec bien, j’lui ai déjà montré, trop d’fois. Alors j’sais pas pourquoi elle est là, j’sais pas pourquoi elle reste. (Mais tu me promets, dis, que tu resteras toujours ?) « J’suis venu avec ma bécane. J’ai envie de rouler. Loin. » C’est sorti, tout seul. Plus qu’une envie, plus qu’un désir, c’est un besoin, une question d’vie ou d’mort. J’supporte pas de rester là, entre ces tombes, vestiges de ce qui fût mais ne sera plus jamais. Ils sont crevés, en décomposition dans leurs cercueils. Cadavres à l’abri des regards, mais pas du cœur. Et ils restent là, comme la preuve qu’on finira tous comme eux.

Mais moi j’peux pas finir comme eux. (Pas maintenant.)

J’en ai pas l’droit, j’le sais, y a trop d’gens que j’laisserais derrière moi, trop d’gens que j’m’autorise pas à laisser derrière moi. Mais j’ai peur que rester là ça fasse que réveiller le démon endormi, j’ai peur que rester là ça fasse qu’me tuer. Et c’qui m’fait encore plus peur, c’est qu’j’en ai terriblement envie. J’la lâche, j’m’éloigne un peu, j’tire un nouveau coup sur sa clope, puis j’la lui tends, j’la lui rends. « Tu viens avec moi ? » Elle peut refuser, c’est pas grave. J’ai toujours préférer rouler seul, de toute manière. Même Joo, elle grimpait pas souvent, j’lui demandais pas souvent non plus. C’était un tête-à-tête, juste moi et le vent, moi et la vitesse, moi et l’adrénaline. Un tête-à-tête avec la vie, un tête-à-tête avec la mort. « T’es pas obligée. » J’précise parce que c’est Kali, parce qu’elle est trop gentille Kali, qu’elle serait capable de se forcer juste parce que c’est moi, jusque parce qu’elle veut pas que j’reste seul. Alors j’lui sous-entends, qu’elle peut m’laisser seul, j’lui sous-entends, qu’j’ai pas forcément besoin d’elle, qu’ça m’va aussi, si elle vient pas.

Mais j’lui dis pas qu’si elle vient pas, j’risque juste de foncer dans l’décor.
Et j’lui dis pas qu’si elle vient pas, j’vais juste me fracasser dans l’mur.
(Y a qu’toi qui peux m’sauver Kali, empêche-moi d’me buter.)

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Re: cold dark earth (#naka) ☆  Mar 20 Sep - 13:44

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When my time comes around, lay me gently in the cold dark earth, no grave can hold my body down. ✻✻✻ Sa main dans mon dos, tremblante, hésitante. Puis enfin il s’accroche, ses doigts s’emmêlent dans mes cheveux et il se laisse aller, un peu, rien qu’un peu. Suite à ça, ses mots viennent me serrer le coeur, écrasent mes battements : « C’est dur. » Je ferme les yeux, essaye d’imaginer sa douleur. J’ai jamais essuyé de deuil, à part celui-ci. Et je le ferai vite, surtout par rapport à Naru, je m’en remettrai rapidement pour qu’il puisse s’en remettre à son tour, j’ai conscience que ma douleur n’est rien par rapport à la sienne. Mais j’ai déjà du faire face à un départ, de ceux qui sont des au revoir à tout jamais, j’ai vu une mère me tourner le dos et une mère, on en qu’une. Elle est partie, son absence est restée, en est venue à envahir chaque pièce de la maison, tellement que parfois j’imaginais des ombres à la place des portes. « Je sais... », mais je sais pas quoi dire pour te faire te sentir mieux. J’voudrais trouver les mots antidotes, les trouver pour toi, rien que pour toi, mais ils se font farouches et s’évadent quand je tends la main pour les saisir.

Alors je laisse de nouveau le silence s’installer, jusqu’à ce que Naru dise : « J’suis venu avec ma bécane. J’ai envie de rouler. Loin. » Je hoche la tête parce que je comprends ce sentiment, tous les deux on s’échappe de la même manière : on roule. Lui avec son deux roues, moi avec ma vieille voiture dépassée mais toujours rapide, retapée mais rutilante. Il a les yeux rouges d’avoir pleuré, et dedans la tristesse se mêle à la rage. C’est pas un bon cocktail, ça, pour rouler. C’en est même un très mauvais. Peut-être que j’pourrais le convaincre de me laisser conduire, même si j'ai pas le bon permis, Naru il m’a pas l’air en état. Je doute qu’il accepte, hésite à proposer ; il ne m’en laisse pas le temps puisqu’il embraye : « Tu viens avec moi ? » Comment est-ce qu’il a pu penser que j’allais le laisser seul ? Comment il a pu croire que j’allais l’abandonner ? « T’es pas obligée. » J’me sens pas obligée, mais j’vais le faire quand même. Le faire pour toi. Le faire pour te prouver que quoi qu’il arrive, dans la vie on est jamais seul et en l’occurence, aujourd’hui on est deux. T’es avec moi, avec mes yeux qui demandent pardon pour un crime que j’ai pas commis, avec mes doigts qui s’accrochent aux tiens, ma fumée qui brule tes poumons. « D’accord. » D’accord, j’suis pas obligée. Mais j’le ferai quand même.

Je file en direction du parking sans demander mon reste, j’ai aucune envie de rester là, toute cette ambiance macabre ça nous plombe. Comme j’entends pas ses pas derrière moi, j’me retourne et continue à marcher à reculons tout en le fixant, avant de lui demander : « Tu viens ? » Il se met à marcher aussi, pas après pas, un pied devant l’autre, je ralentis pour qu’il puisse me rejoindre d’ici peu. En attendant je continue à ne pas voir là où je vais, alors je précise : « Préviens-moi si j’suis à deux doigts de me taper une tombe. » Ça lui arrache un minuscule sourire, et j’suis quasi certaine que les morts m’en voudront pas d’avoir blagué dans leur nouvelle demeure.

On arrive enfin à sa bécane, je le laisse monter en premier et s’installer avant de passer une jambe pardessus à mon tour. Il fait mine de me tendre son casque, je refuse : « Y’a pas moyen. » Si on dérape, j’veux pas que ce soit toi qui passe de l’autre côté, même si j’suis persuadée que dans l’ordre actuel des choses t’en serais surement très soulagé. À l’oral, je lui donne une raison toute différente : « En plus, imagine la gueule que j’aurai dans ce machin-là. » On en conclue qu’aucun de nous ne le portera, ce qui est un peu con en soi mais qui nous parait très logique et très équitable sur le moment.

Une fois en place derrière Naru, je prends conscience qu’on avait jamais eu une proximité de ce genre auparavant. Et la seconde après, je me trouve vraiment idiote de penser à ça maintenant, dans des circonstances pareilles, un jour pareil. Ma culpabilité n’a d’égale que ma maladresse : à peine mes mains sont-elles posées autour de sa taille que je les retire à toute vitesse, comme s’il m’avait brulée. Tant qu’on ne roule pas, j’peux me contenter de m’accrocher au vide ; mais déjà il met le moteur en marche, et mes doigts reviennent saisir son tee-shirt pour me donner un semblant d’équilibre. Avant qu’on ne soit lancés trop rapidement et que le vent vienne étouffer mes paroles, je me penche pour lui dire à l’oreille : « Juste après la supérette des Ahn, tu tournes à droite et tu rejoins la départementale. Continue tout droit jusqu’à ce que je te fasse signe du contraire. » Tous les gamins et anciens gamins du quartier connaissent cette supérette délabrée : c’est là qu’on achetait des sucreries tout juste bonnes à nous niquer les dents quand on était tout petits, (c’est là que j’ai fait mon premier vol par la suite), c’est aussi là qu’une fois ado, on a tous pu aller toquer à n’importe quelle heure de la nuit pour se procurer des clopes qu’on avait oublié d’acheter pendant la journée. À croire qu’ils vivent dans leur magasin, les Ahn, vieux couple malmené par les années qui ne dort jamais.

Naru me fait signe qu’il a compris, et il suit mes directives. On roule une bonne demie-heure, peut-être un peu plus. Au dessus de la limite autorisée, au mépris des règles imposées. Aucun flic sur le chemin, quelques appels de phares de voitures enragées et apeurées par notre conduite, à peine visibles malgré la brume qui est descendue sur la route. Juste le temps capricieux, l’adrénaline et l’asphalte. Juste mes bras fermement ancrés autour de sa taille, mon front contre son épaule, mes yeux que je peux fermer parce que je lui fais entièrement confiance. Puis enfin, je lui fais signe de prendre à droite ; il obtempère et on emmanche une ridicule sortie qui n’en est en réalité même pas une. Chemin de terre, déplacé dans cette région industrialisée ; mais on a quitté la ville, et Naru a quitté ce qu’il connaissait pour que je puisse l’emmener dans ce que moi, je connais. Les champs débouchent sur un genre de forêt, on roule au pas parce que l’endroit est presque impraticable. Puis là, entre les arbres, on commence à distinguer ce que je voulais qu’il voit.

« Bienvenue au milieu de nul part. » Y’a rien à la ronde, rien que toi et moi, et puis nos pensées. Un courant d’eau est venu mourir ici, termine en petit point d’eau stagnante, c’est super pour les moustiques et moyen pour nous mais j’saurais pas expliquer pourquoi, l’eau verte et sauvage j’ai toujours aimé ça. Et puis juste à côté, des murs abimés, montés à la va vite, surement de travers. « Un ancien abri de chasse, je crois. Pas déclaré, en tout cas. C’est plus solide que ça n’en a l’air, le toit ne m’est encore jamais tombé sur la tête. » On entre, Naru peut découvrir un vieux divan balafré surmonté d’une couette, et puis une table sommaire avec plein de plans étalés que je m’empresse de ranger et de cacher en les qualifiant de « pas importants ». Des tas de bougies, des grosses bougies, aussi longues que des cierges et encore plus épaisses : « Y’a pas l’électricité. Ni l’eau courante. Ni rien, en fait. Désolée… » Mes yeux font le tour, c’est plus que restreint mais c’est le meilleur endroit que je connaisse pour réussir à penser et déterminer quoi faire de sa vie. « C’est à toi. » J’sors une clé de ma poche, lui tends, m’explique : « J’ai trouvé ça quand j’étais perdue et que je faisais rien de ma vie à part sécher les cours. » A l’époque j’avais pas le permis, mais tu me diras, je l’ai toujours pas passé, celui que j’ai est un faux. « Ça me sert parfois de QG pour… bref. J’saurais pas t’expliquer pourquoi, mais ça pourra t’être utile d’être là. » Jusque là c’était mon coin secret, mais les secrets sont faits pour être partagés et j’peux pas m’empêcher de penser que t’en auras surement plus besoin que moi.

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Re: cold dark earth (#naka) ☆  Sam 24 Sep - 23:10

cold dark earth
naru & kali (#naka)

 
When my time comes around, lay me gently in the cold dark earth, no grave can hold my body down. ✻✻✻ J’sais pas comment elle fait. J’sais vraiment pas comment elle fait. Comment elle fait pour continuer à plaisanter, comment elle fait pour continuer à être elle. Moi j’sais plus qui j’suis – j’sais plus si j’suis, tout court. Peut-être que j’suis déjà mort. Mais y a quelque chose qui m’fait douter, y a quelque chose qui m’prouve que j’suis bien là, toujours là.

Et c’est elle.

Elle, qui me fait face. Elle et sa blague pourrie, qui m’arrache difficilement un sourire. J’veux pas sourire, j’veux pas être heureux (j’veux plus). Mais j’fais un effort. Pour elle, qu’essaie difficilement d’me tirer de c’trou merdique dans lequel j’m’enfonce tout seul. Elle tente, elle. Elle tente tellement fort qu’même moi j’arrive à l’voir, qu’même moi j’peux pas continuer à fermer les yeux, à faire semblant. Elle s’inquiète, Kali – elle s’inquiète tout l’temps. Elle veut que j’vive Kali – et peut-être que j’ferai un effort pour elle.

On grimpe sur la bécane, le casque rangé. Elle veut pas l’enfiler, moi non plus. Au moins comme ça on a tranché. Au moins si on doit avoir un accident, on y passera tous les deux (et c’est toujours mieux de mourir à deux non ?). Elle s’agrippe et j’démarre. D’abord lentement, j’prends tout l’temps, j’hoche la tête quand elle parle, articule un « ok » avant d’accélérer, avant de foncer. Y a l’vent qui me cingle le visage, qui m’fouette le visage. J’sens les larmes qui perlent au coin d’mes yeux – et j’sais pas si c’est la vitesse. J’sais pas si c’est la tristesse. Mais dans tous les cas, j’m’en fiche. Dans tous les cas, j’continue. J’abaisse un peu les paupières, j’me protège les yeux. J’ai pas besoin d’voir clairement, de toute manière. J’connais l’chemin par cœur. La route c’est mon élément. C’est chez moi, ici, entre le vent et la poussière soulevée par notre passage éclair. J’dépasse la limite autorisée mais j’m’en fous – y a les connards en bagnole qui tirent la gueule mais j’m’en fous. Parce que j’suis bien, là. Parce que j’suis dans mon univers, là. Avec la vitesse. Avec l’adrénaline.

Avec elle, aussi.

J’sens son visage contre mon épaule, j’me dis qu’au moins elle est protégée du vent. J’me demande à quoi elle pense, aussi, brièvement. Est-ce qu’elle trouve que j’vais trop vite ? Est-ce qu’elle a peur ? Non, probablement. C’est Kali. Elle a pas peur si facilement, j’espère. Elle m’fait assez confiance pour pas foncer dans l’mur, j’espère. J’serre les lèvres, j’tourne et puis j’continue – plus lentement. J’attends ses indications et j’ralentis quand on passe sur le chemin de terre. J’veux pas nous envoyer dans l’décor. J’veux pas flinguer ma moto, non plus.

J’scrute les arbres, j’scrute les alentours, à la recherche de c’qu’elle veut m’montrer, d’la raison pour laquelle elle m’a traînée jusqu’ici, loin, si loin d’chez moi. Loin, si loin de c’que j’connais. La nature, c’est pas mon rayon. J’m’y connais pas là-dedans, j’y connais rien du tout. Pourtant ça a pas l’air d’être son cas, à elle. Et quand elle m’accueille, quand on arrive près d’la baraque, quand on s’arrête enfin, j’commence à comprendre pourquoi elle aime cet endroit. J’saurais pas m’expliquer, ça a quelque chose d’reposant. Peut-être parce que y a personne. Peut-être parce que y a que nous. Peut-être parce que les arbres, au moins, il jugent pas – les arbres, au moins, ils nous foutent la paix.

« C’est sympa. » J’me sens obligé d’faire un commentaire. J’veux pas qu’elle croit que j’m’en fiche. Mais en vérité, j’sais même pas pourquoi j’m’inquiète de c’qu’elle croit ou pas. J’m’approche un peu d’la bâtisse, pendant qu’elle, elle continue les explications. « C’est plus solide que ça n’en a l’air, le toit ne m’est encore jamais tombé sur la tête. » J’ricane, j’peux pas m’en empêcher. Pas étonnant qu’elle ait pas eu peur sur la moto – vu qu’elle a même pas peur de s’faire écraser par ces décombres. « Peut-être qu’il attendait juste que j’sois là pour nous tomber sur la tête à tous les deux. » J’tente, faiblement, mais j’tente, elle peut pas m’le reprocher, ça. On entre et j’la vois du coin d’l’œil cacher des bouts d’papier, mais j’m’en préoccupe pas. C’est probablement pas pour le rangement qu’elle fait ça – si elle s’en souciait, elle m’aurait jamais amené ici. Mais j’m’en fous, elle a bien l’droit d’avoir ses p’tits secrets, elle, aussi. J’me détourne, j’commence à inspecter les lieux. Y a pas grand-chose, un divan qu’a l’air d’avoir connu des jours meilleurs et des bougies, aussi. Des bougies partout. « L’avantage c’est qu’y a quasi rien à cramer ici. » Elle doit probablement pas s’inquiéter d’laisser une flamme en partant. Au pire elle perdra quoi ? Rien qui peut pas se remplacer. Ouais, il est miteux cet endroit. Bancal aussi. Il a pas l’air très confortable. Mais il a quelque chose d’authentique, ouais. Il a quelque chose d’chaleureux, comme un cocon. Il a quelque chose qui m’fait penser à elle, qui m’fait penser à Kali. Probablement parce que c’est son endroit à elle, probablement parce qu’elle y a laissé ses marques (on dit pas que les habitations ressemblent à leurs propriétaires, après tout ?).

J’m’avance un peu. J’fais l’tour du propriétaire. Comme si y avait beaucoup d’choses à voir de toute manière. Mais j’visite à ma façon. « C’est à toi. » Ils claquent à mes oreilles, ces mots, résonnent dans mon cœur. Et ils m’tuent, ces mots, j’sais pas pourquoi. J’lui tourne le dos, toujours, les prunelles fixées sur le mur. On dit qu’les yeux sont les portes de l’âme et là maintenant, j’veux pas qu’elle la voit, mon âme. « J’ai trouvé ça quand j’étais perdue et que je faisais rien de ma vie à part sécher les cours. Ça me sert parfois de QG pour… bref. J’saurais pas t’expliquer pourquoi, mais ça pourra t’être utile d’être là. » J’veux qu’elle arrête, j’veux qu’elle se taise. J’aime pas quand elle parle comme ça, j’aime pas l’ton qu’elle a pris.

Et puis d’un coup, j’comprends enfin.
D’un coup j’parviens à mettre des mots sur c’qui me dérange depuis tout à l’heure.

Et j’me retourne brutalement. J’cogne dans une bougie au passage, mais j’y fais pas gaffe. J’le remarque même pas, en fait. J’entends juste vaguement ce p’tit son alors que j’la regarde, elle. « Pourquoi tu fais tout ça ? » J’voulais pas être aussi violent, j’voulais pas être aussi agressif. Mais j’comprends pas. J’veux savoir. Elle me hante cette question – parce que j’le mérite pas.

Parce que j’la mérite pas, elle ?

« C’est chez toi ici non ? C’est ton endroit à toi non ? » C’est ça qui m’perturbe le plus ouais. C’est ça qui m’choque le plus. J’ai l’impression qu’elle m’donne un petit bout d’elle-même – et elle devrait pas. J’tends la main, j’pousse la sienne, où y a encore les clés qui brillent. « J’les mérite pas tu l’sais. J’me suis cassé, Kali. Pendant cinq ans. Jusqu’à aujourd’hui j’savais même plus qu’t’existais. » C’est faux, me crois pas. (Si, crois moi, barre-toi.) « J’mérite pas ta gentillesse, j’mérite pas c’que tu fais. » (J’te mérite pas, toi.) « Putain Kali, j’suis pas un mec bien, pourquoi tu t’en es pas rendue compte ? J’vais l’détruire cet endroit, si tu m’le laisses. J’détruis tout c’que j’touche. » Même quand j’veux pas. Même quand j’veux sauver. J’arrive à rien de toute manière, j’arrive jamais à rien.

Y a toute la haine qui revient. Y a la tempête dans mon cœur qui s’réveille, y a la rage qui pulse dans mes veines. Et j’me déteste. J’me déteste tellement, que j’veux qu’elle me déteste aussi, j’veux qu’elle me méprise autant que j’me méprise. Et peut-être qu’elle me laissera me foutre en l’air comme ça. Peut-être même qu’elle m’y encouragera.

J’claque les talons, j’sors comme si j’avais le diable aux trousses (j’oublie un instant qu’il est en moi, le diable). J’étouffe à l’intérieur, j’veux respirer. Mais y a qu’sur le béton que j’peux vraiment respirer. Sauf que j’peux pas partir, pas comme ça. Alors j’m’avance jusqu’au point d’eau, pas très sain, un peu trop vert, mais c’est c’que j’trouve de mieux. J’m’assois à côté, les mains sur le front. J’tente de calmer la colère qui m’ronge, la colère qui m’tue de l’intérieur. « J’t’en supplie, laisse-moi, lâche-moi. Avant qu’il soit trop tard. » J’chuchote mais j’me dis que peut-être, elle parviendra à capter mes paroles. Parce que j’suis sincère. J’peux rien lui apporter d’bon. J’peux qu’la détruire.

Et j’en crèverais, d’la détruire.
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Re: cold dark earth (#naka) ☆  Mar 25 Juil - 18:20

cold dark earth
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When my time comes around, lay me gently in the cold dark earth, no grave can hold my body down. ✻✻✻ « C’est sympa. — Tu dis ça pour me faire plaisir. » Que je lui réponds dans un sourire, « Mais ça fonctionne. » Ça me fait plaisir, vraiment. J’avais jamais montré cet endroit à personne auparavant et il est tellement moi qu’il m’aurait blessée, en disant que ça lui plait pas. Je fais une blague sur le toit, il renchérit : « Peut-être qu’il attendait juste que j’sois là pour nous tomber sur la tête à tous les deux. » Mon sourire s’élargit, puis je lève les yeux pour les rivés sur ce fameux plafond. C’est vrai qu’il a un aspect croulant, c’est vrai qu’il est dévoré par les fissures. Mais je sais pas pourquoi, j’lui fais confiance. C’est un truc d’une autre époque, une époque où on construisait les choses pour qu’elles ne périssent jamais.

Puis je tends les clés à Naru et soudainement, ça devient plus compliqué. L’atmosphère change, quelque chose à l’air de le déranger. Il ne me dit pas tel quel ce que c’est, il est là, il me regarde, il est hésite. Puis il se détourne et je le perds, c’est comme s’il venait de fermer une porte entre nous deux. C’est pas grave, je la rouvrirai. Même s’il me crache de sales mots au visage : « Pourquoi tu fais tout ça ? » J’ai pas la bêtise de lui demander pourquoi je fais quoi ? parce que je sais de quoi il parle : de l’aide. De toute évidence il n’a pas franchement l’habitude que quelqu’un lui tende la main mais moi c’est mon truc, de tendre la main. Encore plus à quelqu’un comme Naru. Encore plus à un ami d’enfance. Encore plus à quelqu’un qui… qui m’importe, d’une façon à laquelle je préfère éviter de penser. « C’est chez toi ici non ? C’est ton endroit à toi non ? » T’as trouvé ça tout seul ? La réponse acerbe me brule la langue mais je la ravale parce que je sais que cette réaction est due à la difficulté de cette journée. Je sais qu’il est éprouvé, je sais qu’il a un truc béant et que c’est ça qui le mets dans cet état. « Ça pourrait être à nous. » Mes mots ne parviennent pas à l’atteindre ; il les balaye d’une souffle avant de continuer, envoyant  les clés valdinguer : « J’les mérite pas tu l’sais. J’me suis cassé, Kali. Pendant cinq ans. Jusqu’à aujourd’hui j’savais même plus qu’t’existais. » Ça c’est différent, ça blesse. Vraiment. Je reste muette suite au coup qu’il vient d’assener parce que je sais qu’il y a un fond de vérité. Il y a un trou de cinq ans durant lequel il m’a pas donné de nouvelles. Durant lequel il n’a probablement pas pensé à moi une seule fois. Durant lequel j’me suis perdue.

« J’mérite pas ta gentillesse, j’mérite pas c’que tu fais. Putain Kali, j’suis pas un mec bien, pourquoi tu t’en es pas rendue compte ? J’vais l’détruire cet endroit, si tu m’le laisses. J’détruis tout c’que j’touche.Parce que tu crois que moi, j’suis quelqu’un de bien ? Une fille sans thune et sans diplôme, tout juste bonne à voler c’que les riches veulent bien lui laisser ? » Il y a sa vision de lui-même, douloureuse, pitoyable. Et j’ai ma vision de moi-même, douloureuse, pitoyable. Les deux s’affrontent dans nos yeux avant qu’il ne décide de prendre la fuite, partant d’un pas chancelant jusqu’à l’extérieur. Je le rattrape, bien sur, et il est là, assis au bord de l’eau, alors je m’assois à côté. J’voudrais lui dire qu’il m’a blessée, que c’est qu’un con et qu’il a pas le droit de me dire ça. Pas le droit de me rappeler qu’en cinq ans il n’a pas pensé à moi. Mais j’le fais pas parce qu’aujourd’hui, il a des circonstances atténuantes, aujourd’hui je laisserai passer tout ce qu’il dire pour le jeter, l’oublier. « C’que t’as dit… c’que tu viens de dire, je sais que tu le pensais pas. Tout du moins c’est ce que je crois. Et si tu le pensais vraiment, et bien… tu pourras me le redire demain, et là j’le prendrai en compte. » Si t’as la force de le faire. De me regarder dans les yeux pour me dire que j’compte pas pour toi. De me regarder dans les yeux pour dire que toi et moi on le mérite pas, de devenir un nous.

Quelques secondes trainent, durant lesquelles il tente d’oublier qu’il est enragé et moi je tente d’oublier que j’suis blessée. C’est lui qui reprend finalement la parole : « J’t’en supplie, laisse-moi, lâche-moi. Avant qu’il soit trop tard. » Je fais non de la tête, un simple geste confirmé par l’oral : « Nan. Toi et moi on est presque nés ensemble. On se connait depuis qu’on jouait aux billes. Il s’ra jamais trop tard. » J’mets les clés dans la poche de sa veste, il grogne, et moi « J’insiste. »

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